Nabokov, ou la liberté d'expression...

Publié le par Secteur PSY

(Par Vladimir)

 

 

Bonjour, bonsoir,

Aujourd'hui, une propa basée sur un auteur. Non non, pas un philosophe, non non, pas un psychologue célèbre. Non, rien de tout ça ! Mais plutôt un auteur révisionniste de la pensée. Mauvais jeu de mots ? Je ne pense pas. Il a révolutionné le monde de la littérature, ainsi que la monde de la censure ! Il réveillé les consciences et le puritanisme américain. Je veux bien sûr parler de l'icône russe des années 60 : Vladimir Nabokov.

J'utiliserai une œuvre comme outil d' « argumentation » pour démontrer ce que j'avance. Cette œuvre est Lolita, évidemment, on ne peut y déroger lorsqu'on parle de son auteur. Écrit qui n'a pas échappé à la censure, comme vous vous en doutez.

Mon but est en fait de parler de ce chef-d'œuvre pour emboîter le pas dans la discussion sur la liberté d'expression. Jusqu'où peut-on aller dans le verbe ? De quoi peut-on parler sans être taxé d'antisémite ou de salaud ? La liberté d'expression existe-t-elle encore dans les pays occidentaux, dont le pays instigateur des droits de l'homme, à savoir le France ?

Commençons peut-être par nous rafraîchir la mémoire en parlant un peu de la vie de Vladimir Nabokov. Je dois tout d'abord remercier Wikipédia pour les merveilleuses informations qu'elle m'a fournies.

Cet auteur russe est né à Saint-Pétersbourg en 1899 et est mort à Montreux, Suisse, en 1977. Il fut romancier, poète et critique littéraire. Il reçut une éducation et un enseignement exemplaires : à sept ans déjà, il parlait le russe, l'anglais et le français. Ses parents étaient en fait des aristocrates connus sur la scène politique. Son père était un homme politique libéral et fut élu à la première Douma, et après la destitution du dernier tsar ; et il fut ministre au gouvernement Kerensky (1881-1970). En 1923, Vladimir Nabokov fut diplômé de l'université célèbre de Cambridge. Ses premiers romans, tous à l'époque en langue russe, eurent un succès écrasant. Ils furent d'ailleurs traduits dans différentes langues !
Ensuite, il commença a écrire en anglais, qui devint sa langue de prédilection. Il devint professeur à l'Université Cornell aux États-Unis. Et c'est en 1955 que sortit Lolita. (Le roman dont je vais vous parler ensuite.) Ce roman fit scandale et fut refusé à New York. Paris, par contre, l'accueillit comme il se dut – ce livre étant un bijou – et fut considéré comme un chef-d'œuvre. D'autres livres suivirent, dont Ada ou l'Ardeur, et Nabokov fut considéré comme un des derniers auteurs « classiques » du siècle !



Intéressons-nous à présent à son roman le plus controversé : Lolita...

Grosso modo, le roman traite d'un amour controversé et scandaleux entre une gamine aguicheuse de douze ans, Lolita, et un quadragénaire européen, Humbert Humbert. Humbert doit terminer un travail urgent pour une université où il est professeur. Pour ce faire, il se rend aux États-Unis et est accueilli par Charlotte Haze. Cette dame est veuve et est très entreprenante, ce qui ne plaît guère à Humbert et le fait hésiter quant à son choix pour séjourner chez elle. Cependant, quelques minutes plus tard, il rencontre la fille Haze, Dolorès, douze ans, que l'on surnommera Lo, Lolita, etc. Et là, il ne voit plus qu'elle, et n'entend plus rien autour de lui. C'est ce qu'on peut tout bonnement appeler le coup de foudre. Il accepte donc le prix de la chambre d'hôte qu'il va habiter, sans plus hésiter un seul instant.
Le temps passe et la maîtresse de maison tombe amoureuse de Humbert. Ils finissent par se marier. C'est le seul moyen que Humbert a trouvé pour ne plus quitter Lo. Humbert, soyons clairs, n'aime pas Mme Humbert : il aime Lolita. Et le « malheur » survient un jour. Mme Humbert se fait renverser par une voiture un jour en voulant envoyer, à la hâte, des lettres pour annoncer à sa famille et à ses amis qu'Humbert ne l'aime pas !

Je vais en rester là pour le résumé. La suite ? Lisez le livre, vous ne serez pas déçus !


[Un petit bout d'analyse]

Un petit bout, oui, une analyse complète demanderait l'écriture d'un bouquin, voire bien plus, et puis, je serais incapable de donner une analyse exhaustive. Tout ce que je peux dire, c'est que ce livre a provoqué un scandale incroyable, un tollé général, une indignation complète. En effet, il est immoral, amoral, cynique, et paru dans les années cinquante, en pleine période puritaine américaine.

Pour la petite histoire, le roman fut terminé en 1954. Au moment de le faire publier, toutes les maisons d'édition américaines le refusent, craignant la censure. La censure, en fait, se serait abattue sur trois thèmes prédominants dans le roman : la pédophilie, l'inceste et, comme me le dit Wikipédia, le mariage négro-blanc. Je peux d'ores et déjà vous annoncer que je ne parlerai pas du ce type de mariage, même si ce thème est important pour l'Amérique de ces années-là. Mais là n'est pas le propos.

Enchaînons avec les thèmes qui nous intéressent : la pédophilie et l'inceste. Tout d'abord, en ce qui concerne la pédophilie, elle est très présente, et ce, dès le début du livre. Un passage pour illustrer mes propos :

J'aimerais maintenant introduire l'idée suivante. On trouve parfois des pucelles, âgées au minimum de neuf et au maximum de quatorze ans, qui révèlent à certains voyageurs ensorcelés, comptant le double de leur âge et même bien davantage, leur nature véritable, laquelle n'est pas humaine mais nymphique (c'est-à-dire démoniaque) ; et ces créatures élues, je me propose de les appeler « nymphettes ». (NABOKOV, Vladimir, Lolita, Folio, 1972, p. 42.)

Et voilà, entrée en matière quasi directe. Et ceci n'est qu'un très maigre exemple. Il parle en effet en permanence de cet acte irrévérencieux et sordide. Mais il traite de cet acte punissable par la loi avec une telle force, une telle passion et un tel amour qu'on en vient à lui pardonner. Ce qui est fou ! Il arrive à nous bercer de ces douces paroles et de ces doux sentiments qu'il porte à sa chère et tendre, âgée d'à peine douze ans. (Nabokov était un génie de lettres.) On en vient même à se demander parfois si c'est de la pure invention ou si l'auteur a réellement éprouvé ces sensations durant sa vie tellement son écriture et réaliste et juste.

Le thème de l'inceste vient ensuite. En effet, lors de la mort de Charlotte Haze, Humbert devient le tuteur de Lo. Et la pédophilie devient de l'inceste. Ils font ensuite le tour du monde et font des choses que je ne citerai pas tellement elles sont tendancieuses. Vous imaginez donc bien pourquoi le livre a été refusé dans de nombreuses maisons d'édition.

De manière plus générale, un tollé a éclaté lors de sa sortie à Paris, dans sa langue originale – l'anglais –, car il était considéré comme trop subversif. Ce qui est compréhensible pour ces années-là. D'ailleurs, pour sa première adaptation, Kubrick a dû édulcorer ses scènes, il n'aurait pas pu sortir son petit bijou du septième art sans cela.


[Vive le cabas à pensées libre !]

Nabokov est, on peut le dire, une sorte de lapin blanc en avance sur son temps. Il savait qu'il allait choquer et a envoyé ses manuscrits sciemment. Il savait que la censure s'abattrait sur lui. Il savait pertinemment bien que la liberté d'expression serait remise en question. Et c'est là où je veux en venir. Peut-on parler de tout ? Je ne pense pas. On parle en permanence du fait qu'on puisse dire tout ce qu'on veut mais ce n'est pas vrai, selon moi. Je prends souvent comme exemple l'affaire Dieudonné, qui a subi vingt-deux procès en moins de deux ans pour un sketch sur un colon israélien. (Il s'est notamment expliqué sur l'origine de ce sketch.)

Aujourd'hui, on ne peut plus parler de sujets sensibles sans risquer de heurter quelqu'un. Et tout le monde le sait, la liberté d'expression est censée s'arrêter là où cela peut blesser une âme. Mais le problème de ce postulat, c'est que n'importe quel type de discours peut être pris à double-sens et être mal interprété. De là, on est en droit de...ne quasi plus rien dire. Pour en revenir à cet humoriste, il a été poursuivi. Étrange... En effet, quelques années plus tôt, l'humoriste Pierre Desproges, avait également écrit un sketch carrément plus acide. Et là, on ne dit rien, on ne s'insurge pas, au contraire, on rit ! Alors, à quoi est-ce dû ? La guerre de religion qui oppose les Israéliens et les Palestiniens ? Autre chose ? Je ne sais pas. Je n'ai aucunement la réponse à ces questions. Toujours est-il que la liberté d'expression n'a plus l'air d'être de ce monde.

Prenons un autre exemple. Celui de l'Italie. Le pays de l'Antiquité où toute pratique était permise il y a deux mille ans. Aujourd'hui, ils ont comme président du Conseil Silvio Berlusconi. Et cet homme politique contrôle tout, tous les ingrédients pour détenir le pouvoir : l'argent, la politique, les médias et le sport. Si on se penche sur les médias, on peut trouver des histoires complètement improbables, et pourtant vraies. Un humoriste s'était moqué gentiment de Berlusconi il y a quelques années. Et ce même humoriste a certainement reçu une lettre qui le sommait de faire un discours public d'excuses... Et il l'a fait, étant menacé. Par la censure, et certainement par la mafia. Mais où donc est passée la liberté d'expression ? Vous pouvez me le dire ?

La censure qui tranche, la liberté d'expression qui est tranchée en très fines tartines... Quel comble ! Que peut-on faire pour changer les mentalités, ne fût-ce que petit à petit ? Sommes-nous en plein dans une période de dictature médiatique où la désinformation règne ? (J'ai bien ma petite idée là-dessus mais je ne voudrais pas être taxé de négativiste...) Vivons-nous dans une société dictatoriale déguisée en démocratie ?

Apportez vos éléments de réponse, vos avis sont les bienvenus...

Vlad'

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Publié dans Critiques d'oeuvres

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