Ça pourrait arriver près de chez vous...

Publié le par Secteur PSY

Ça pourrait arriver près de chez vous...
Proposé par Vladimir

 

 

Bonjour, bonsoir, les amis,

Je vais vous parler d'un documentaire-fiction cultissime, qui ne se lasse pas d'être vu ou qui suscite éclats de rire ou cris d'horreur ; qui ne demande qu'à être revu ou qui ne demande qu'à être éteint dès les trente premières secondes tellement la première scène annonce bien le ton de ce film ; qui irradie les neurones bien pensants ou qui ferme complètement l'esprit à son type d'humour. Je veux, bien entendu, parler de C'est arrivé près de chez vous ou Man bites dog, comme il est écrit sur le DVD lui-même, même si je ne sais absolument pas pourquoi... (Il y a certainement un sens caché et philosophique derrière ce titre mais je ne me suis pas cassé la tête à le déceler...) (Ou simplement est-ce le titre du court-métrage ayant donné naissance à la version allongée pour les biens du film final...) (Je ne sais pas, mais j'aime bien utiliser les parenthèses comme DDYDLS aime le faire...) (Bon d'accord, j'arrête... Ça n'a rien à voir avec la propa...) (Et je ne suis pas DDYDLS...) (Et heureusement d'ailleurs !) (Ah, je viens de me renseigner, le titre anglais est destiné aux versions étrangères...)


[Avant-Propos]

Vous le savez peut-être déjà mais ce long-métrage, avant de devenir long-métrage en 1992, a fait l'objet d'un travail de fin d'études à l'INSAS (école de cinéma de Bruxelles) selon Wikipedia, mais je ne suis pas convaincu, je crois que c'était à l'IAD (école de cinéma de Louvain-la-Neuve). Peu importe, toujours est-il que présenter un tel ouvrage comme TFE, c'était risqué et audacieux, mais Remy Belvaux (le réalisateur et un des acteurs) l'a fait. Aidé par ses amis, André Bonzel et Benoît Poelvoorde, il a réalisé ce film en noir et blanc et en 16 mm, et ce, par manque de moyens. Remportant beaucoup de succès, le travail a été rallongé, et reporté en 35 mm, pour être présenté par la suite au Festival de Cannes de 1992.



Il faut savoir également que les manques de moyens du jeune réalisateur a poussé certaines personnes à jouer gratuitement, comme la maman et les grands-parents de Benoît Poelvoorde, jouant leur propre rôle.

D'autres petits détails qui peuvent se révéler importants... A savoir qu'il a été exporté un peu partout dans le monde mais que pour éviter la censure, certaines scènes de la version belge ont dû être coupées, notamment au États-Unis. Celle du viol, particulièrement...

En effet, parce que le film commence comme ça...


[Synopsis]

Première scène : un train, un couloir, une femme qui attend. Sans prévenir, un homme, Ben (Benoît Poelvoorde), lui saisit le cou avec un fin câble et l'étrangle, jusqu'à ce que mort s'en suive. Suit une myriade de meurtres.


(Ben et la boîte de Sedocar)

LA scène

Ben est en fait un tueur. Non pas un tueur à gages, un tueur. Il assassine pour gagner son pain. Il s'attaque souvent aux personnes susceptibles d'avoir de l'argent. Une équipe de cinéma, un journaliste, Rémy (Rémy Belvaux), un caméraman, André (André Bonzel**) et un preneur de son, Franco (Alain Oppezzi), le suit pour connaître ses motivations et savoir comment il fait son « travail »...

A la manière d'un documentaire, l'histoire ressemble à un tableau « hyperréaliste », mêlant réalité et fiction. On pourrait en venir même à se perdre entre vrai et faux, mais l'absurde nous rattrape et finit par saisir et titiller nos zygomatiques.


(Ben lestant un corps)


[Un vrai revolver orné de diamants]

De fait, ce métrage est un bijou jamais vu auparavant dans le monde du cinéma. Une perle de précision. En ce sens, je veux parler du contraste parfaitement agencé entre horreur (réaliste ?) et poésie de certaines images, voire de l'horreur même.

En effet, entre les scènes de crimes sanglants sont souvent intercalées des scènes où Ben se prend des délires culturels, à savoir des poèmes ou chansons qu'il a écrits, des monologues interminables concernant la beauté des bâtiments, la beauté du paysage, des passages de films, etc.

La culture de Ben...

Ensuite, l'histoire, on peut le dire, ne pouvait être autre que belge. De fait, le cinéma français, qui a une culture totalement différente, n'aurait pas pu faire naître un genre aussi horrible et « réaliste ». Je ne blâme pas le cinéma français, loin de moi l'idée, je veux juste dire qu'à cultures différentes, films différents. On n'aurait pas pu voir des films aux dialogues du type de ceux d'Audiard en Belgique. Et c'est justement ce qui fait la force de la Belgique, et donc de ses films : ne pas se prendre au sérieux. Ce n'est pas pour rien donc, mais évidemment pas seulement grâce à ce facteur, que le film a remporté un énorme succès !

Raciste

Pour terminer sur le plus gros morceau, j'ai envie de traiter du personnage central, le personnage qu'incarne Benoît Poelvoorde. Ce personnage est un puits intarissable de contrastes, on ne pourrait d'ailleurs pas le placer dans une catégorie précise de personnage prédéfini tellement il nous emmène dans tous les recoins de sa personnalité. En effet, il peut se montrer violent, aimant, poète, indifférent, désinvolte, cultivé. Ce tout nous balade, comme des moutons seraient conduits par un berger, le berger étant Ben. Ce qui rend le tout peu crédible, et heureusement, c'est le fait qu'au fil du métrage, tout devient exagéré, et tout est de plus en plus risible – enfin, sauf pour les âmes sensibles... De l'exagération naît alors la force du film, parce que si tout avait réaliste, le film en serait devenu beaucoup trop malsain, et n'aurait certainement pas été accepté par le public. De plus, le personnage de Ben, comme je l'ai dit, recèle d'une mine de facettes de personnalités. Du plus raciste au plus sensible, et ce, à la musique ou envers les personnes qu'il aime, le spectateur en demeure « attendri ». Ce qui est extrêmement rare, en fait. Et c'est évidemment ce que j'ai aimé dans ce personnage.

Une petite chanson pour terminer en beauté...


[Une conclusion morale (?)]

Je ne vous raconterai pas la fin du film – certains ne l'ont pas vu – mais je peux dire que la morale, même si facile, est très bien écrite et nous laisse pantois et bouche bée. Ce qui donne un ton plus ou moins « nuancé ».

Ce film est tel un chef-d'œuvre musical qui commencerait fort, très fort, à la manière d'une cinquième symphonie de Beethoven, et qui ensuite se calme, s'adoucit et repart dans les paroxysmes de la puissance. Ce qui a pour effet de laisser le spectateur accroché à son siège, de le laisser en haleine et puis de calmer sa révolte face au protagoniste.

Ce long-métrage est donc, selon moi, un chef-d'œuvre (oui, je me répète...) ! Et ce, sur tous les plans. Même si les critiques à sa sortie ont été des plus détractrices, le public en a jugé autrement, et à raison ! Le sujet est tantôt traité avec profondeur, tantôt traité avec légèreté. Et le tout donne un cocktail explosif, une bombe cinématographique ! Du jamais vu avant, et du plus jamais vu depuis ! Il n'y avait que des Belges pour pouvoir se permettre de peindre un tableau aussi horrible sur fond d'éclats de rires !

Vlad'

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Publié dans Critiques d'oeuvres

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