Saint-Augustin

Publié le par Secteur PSY

Saint Augustin, De la profondeur de l'âme

(Par Biglucibe)

 

 

"En maintes occasions, l'âme, comme oublieuse d'elle-même, agit sous l'emprise de la concupiscence" (Augustin, De Trinitate)


Je vous propose aujourd'hui une propagande sur Saint Augustin (IV siècle). Celle-ci se base principalement sur son oeuvre Les Confessions, avec aussi quelques considérations du De Trinitate. Je ne m'attarde pas sur la question de La Cité de Dieu qui serait néanmoins un excellent sujet de débat : dans quelle mesure la distinction entre Cité des Hommes et Cité de Dieu a-t-il permis les dérives de l' "augustinisme politique" (Eglise qui se revendique la Loi sur la terre)? Au contraire, dans quelle mesure n'est-ce pas un premier pas vers l'idée d'indépendance entre l'Etat et les convictions?
Sa vision du temps (comme "vécu subjectif de la durée") et la certitude de l'âme d'elle-même (précurseur du Cogito de Descartes) sont elles aussi mises de côté, mais que ceux qui aiment ce thème n'hésitent pas à les aborder en répliques!

Je ne manquerai pas par contre de faire, en fin de présentation, un parallèle entre les considérations d'Augustin et "la société d'aujourd'hui".

Je vous propose bien plutôt de discuter autour de la problématique de l'âme chez Augustin, et de son rapport à la connaissance et à Dieu.

Augustin est un héritier du néo-platonisme. Il a lu Plotin. Dans son optique, Dieu est donc en quelque sorte l'Idée culminante, la cause intelligible, le bien/beau/vrai absolu, etc. Là où Augustin va se différencier des platoniciens classiques, c'est lorsqu'il va dire que nous n'avons pas accès direct aux Idées : nous ne pouvons y arriver par nous-mêmes. Néanmoins, notre âme peut recevoir les Idées, le divin, moyennant de l'aide : celle de Dieu, via la foi. Il est donc un des premiers penseurs à concilier philosophie (illumination naturelle) et théologie (illumination de la foi), deux parties d'une même vérité, Dieu étant à la fois cause (créatrice) et objet de la foi, mais aussi de la philosophie (en tant qu'il est le Verbe, le Logos).

Il y a là une vision humble chez Augustin, qui n'est pas présente dans le platonisme initial : je ne peux parvenir au divin seul, j'ai besoin d'aide, contrairement à Plotin, par exemple.

Est-ce pour autant que nous ne sommes que de purs réceptacles, dans lesquels Dieu pose sa vérité, tout simplement? Non, bien entendu. Connaître est pour Augustin une démarche active de l'esprit, une dynamique. L'âme se met véritablement en mouvement afin de percevoir les réalités sensibles, intelligibles ou supérieures.

Pour ce faire, l'âme doit en réalité se chercher elle-même, retourner "au fond de soi". Elle est à la fois et toujours mémoire, intelligence et volonté d'elle-même. En sa profondeur, l'âme se connaît connaissant toute chose. Elle est présence à soi. Comme Dieu, en réalité, elle est auprès d'elle même en permanence. C'est là où vient la considération d'Augustin : au lieu de se tourner vers les réalités extérieures, de se détourner d'elle-même et de Dieu, l'âme doit retourner au plus profond de soi pour voir Dieu, l'essentiel.

C'est là un message primordial de l'évêque d'Hippone, que l'on peut réfléchir encore aujourd'hui : selon lui, trop souvent, l'âme s'oublie, se laisse distraire par les biens matériels éphémères (l'argent, le sexe,...?), et elle en devient orgueilleuse, jusqu'à mépriser l'essentiel. L'homme a selon lui cette fâcheuse tendance à vivre "en surface" ("dans le sensible"), à l'extérieur de soi, plutôt que de retourner à son principe secret, soit à ce qui compte réellement "en son for intérieur". Ainsi, lorsque Augustin nous propose un "retour à soi" (qui pour lui consiste à se rappeler des vérités éternelles), ne nous donne-t-il pas une leçon de vie à méditer, humblement, dans ce que l'on appelle aujourd'hui la "Société de consommation"?

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Publié dans Philosophie

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