Hans Jonas - Le principe responsabilité

Publié le par Secteur PSY

(Par Biglucibe)

 

 

Hans Jonas est un philosophe qui fut longtemps l'élève d'Husserl ou encore d'Heidegger, tout comme H. Arendt ou Lévinas. Il est principalement connu pour son éthique dite "du futur", de la responsabilité.

Voici dans quel contexte son éthique émerge. En tant que philosophe allemand et juif du XXe siècle, en tant qu'élève d'Heidegger, comme Lévinas et Arendt, sa philosophie est nécessairement marquée quelque part par les massacres de la guerre, par la "finitude humaine" (concept qui n'est pas formulé comme tel, mais que l'on retrouve particulièrement exploité par les philosophes de cette époque ; on redécouvre en quelque sorte les limites de la raison, dans tous les domaines de la philosophie).

Quelque chose va le marquer principalement, suite aux événements d'Hiroshima et de Nagasaki ; la possibilité de la fin. Aujourd'hui, plus que n'importe quand auparavant, l'homme a le pouvoir de se faire disparaître. Tout comme un homme a la possibilité de se suicider, aujourd'hui c'est l'humanité qui a ce pouvoir.

C'est plus fin que ça n'en a l'air, car il n'est pas toujours question de responsabilité ou de conséquences lorsque l'on parle de liberté. Nous verrons que ce n'est pas pour autant tourner le dos à des "valeurs en soi", c'est-à-dire des valeurs bonnes indépendamment de tout effet (Jonas est influencé par Kant, le respecte et ne veut certainement pas que son système soit purement "utilitariste", basé uniquement sur les conséquences), pour Jonas.

Reprenons :
- A une grande liberté, on associe une grande responsabilité (Plus tu as du pouvoir, plus les conséquences de tes actes peuvent s'avérer gigantesques).
- Aujourd'hui, l'humanité possède le pouvoir technologique de s'auto-détruire (l'humanité entière est donc l'objet de ma responsabilité, car elle est vulnérable par rapport à mon agir).

Deux éléments s'ajoutent à cela : 1) nous ne pouvons plus aujourd'hui connaître exactement les conséquences qu'auront nos actes. Evidemment, personne ne peut prévoir le futur. Mais avec les avancées technologiques du XXe siècle, cette question atteint son paroxysme : nous ne savons pas si telle innovation ne va pas ou non causer la perte de l'humanité. Ce n'est donc pas parce que nous avons une conséquence atroce connue, mais parce qu'au contraire on ne sait rien des conséquences atroces possibles, pas même leurs possibilités d'advenir. On ne sait ni les qualifier, ni les quantifier exactement.
2) Jonas développe une sorte d'ontologie du "droit à la vie", basée sur l'existence. Sans aller dans les détails, il mêle habilement questions d'existence et d'essence afin de développer l'élément moral de la valeur de la vie. La vie vaut en soi. Elle "mérite" d'être sauvée, protégée.

De ce système (ici simplifié) émerge l'idée de responsabilité : nous sommes responsables du futur (contre des philosophies généralement au présent, ou dans un futur immédiat) car nous ne connaissons ni certaines conséquences, ni leurs probabilités d'occurrence, or il se peut que celles-ci aient un pouvoir destructeur "infini". Jonas préconisera donc de ne pas prendre certaines décisions dans ce contexte.

Le philosophe est aujourd'hui encore souvent accusé d'avoir développé une philosophie "immobiliste", qui empêche toute action : si on a peur de toutes les conséquences (on ne connait pas le futur), alors on ne fait plus rien, car à chaque fois on court des risques. Jonas répond lui-même à cela : sa théorie de la responsabilité s'applique seulement lorsque le risque est inconnu et non quantifié (sinon il s'agirait de simple prudence). L'idée n'est pas d'abandonner la science et la technologie, au contraire : il parlera lui-même d'une heuristique de la peur. Cela signifie que la peur est le moteur de la recherche, une incitation à connaître. C'est justement parce qu'on ne connait pas les risques et que ceux-ci peuvent être apocalyptique que nous avons le devoir moral de tout mettre en oeuvre pour les connaître afin d'agir responsablement. En d'autres termes, c'est plus un appel à la connaissance et à la conscience qu'un rejet de ceux-ci. Jonas restera toujours très proche par ailleurs des milieux des sciences naturelles comme la biologie par exemple.


Que pensez-vous de cette philosophie? Y voyez-vous des failles? Connaissiez-vous Hans Jonas? Qu'y voyez-vous comme innovations ou comme limites? Comment le coupler avec votre façon de voir les choses, ou avec d'autres philosophies?
A la lumière de Jonas, que penser des O.G.M., par exemple, et d'autres innovations technologiques qui ont vu le jour?

Pour approfondir, un lien Wikipédia pas trop mal fait

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Publié dans Philosophie

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