(Saint) Anselme

Publié le par Secteur PSY

(Par Biglucibe)

 

 

Dans la foulée d'Augustin, j'ai pensé à écrire un article sur Saint Anselme (1033-1109).

Là encore, je vous propose de circonscrire (et non circoncire) un point de sa pensée, plutôt que de se disperser et au fond risquer de ne pas savoir de quoi parler. L'idée est simple : Saint Anselme prouve rationnellement l'existence de Dieu (Descartes réutilisera en fait en quelque sorte son argument, mais il est ici beaucoup plus facile à comprendre!). Si l'insensé dit "il n'y a pas de Dieu", c'est bel et bien parce que c'est un insensé, car pour Anselme : on ne peut penser Dieu comme n'existant pas. En d'autres termes, quand on saisit véritablement Dieu, alors on ne peut le penser que comme existant.

Avant de développer cet argument du Proslogion, notons simplement qu'Anselme s'était déjà attelé à d'autres preuves, certes beaucoup moins "fortes" dans le Monologion. Anselme recherche ici un argument unique et a priori, donné par la raison pure.

Anselme va faire appel à un concept : l'être tel que rien de plus grand ne puisse être pensé. En d'autres mots, c'est la chose la plus grande que l'on puisse penser. Descartes dira que c'est l'infini (peut-on réellement le penser? Anselme ne va pas jusque là).
Comprenons bien ce concept : si on l'analyse, on ne peut que l'avoir dans l'intelligence (puisqu'on le pense). Mais Anselme va plus loin en se demandant si cet être est aussi hors de l'intelligence (existe en dehors).
Faisons l'hypothèse que l'être le plus grand qu'on puisse penser soit pensé comme n'existant que dans la pensée, c'est-à-dire pas dans le monde. Or, on admet facilement qu'un objet est plus grand s'il est pensé comme existant à la fois dans la pensée et dans le monde extérieur. (Il est plus grand d'exister dans la pensée ET dans le monde extérieur, donc le plus grand objet que l'on puisse penser doit être pensé comme existant dans les deux).

Lorsque l'on comprend donc bien l'expression "l'être tel que rien de plus grand ne puisse être pensé", on ne peut donc le concevoir que comme existant à la fois dans la pensée, et à la fois à l'extérieur de la pensée, c'est-à-dire dans la réalité. Exister, c'est d'ailleurs être plus grand que ne pas exister, tout simplement.

Cet être ne peut donc tout simplement pas être pensé comme non-existant dans la réalité. En d'autres termes, c'est impossible de penser que quelque chose dont on ne puisse rien concevoir de plus grand n'existe pas.
Cet être, pour Anselme, c'est Dieu.

Dès lors, comment certains arrivent-ils à être athées, à penser clairement que Dieu n'est pas.

Pour expliquer comment l'on peut croire une telle sottise, Anselme se base sur une distinction qui deviendra celle entre "signifiants" et "signifiés", soit entre "les mots" et "les choses". Celui qui dit que "Dieu n'existe pas" ne fait en réalité que manipuler des mots, des signifiants. Il ne va pas réellement au fond des choses, il ne saisit au fond pas réellement le sens des mots, la signification de ce qu'il dit. En d'autres termes, il ne se rapporte qu'à des termes, et non à la chose que ces termes visent, aux signifiés. S'il comprenait réellement ce qu'est Dieu (l'être tel que rien de plus grand ne puisse être pensé), dès lors il comprendrait qu'on ne peut pas le penser comme non-existant.

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Que pensez-vous de cette preuve?
On y voit bien en réalité une définition assez particulière de "Dieu", complètement éloignée de celle de la théologie, en réalité.
Où seraient les failles de l'argument, au-delà de votre propre "foi" en l'existence de Dieu ou en sa non-existence? Quelle est la pertinence de la preuve?
Que pensez-vous de Descartes, qui remplacera simplement l'idée de "Dieu" par l'infini, et qui dira que l'infini ne peut être pensé clairement et distinctement (...) par l'être fini que parce qu'il y a effectivement contribution d'un être infini qui dépose cette idée en lui? N'est-il pas au fond moins bon que celui du Maître Anselme?
A vous de donner vos avis et idées quant à ce sujet!

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Publié dans Philosophie

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