La raison : dialogue entre Hegel et Kant

Publié le par Secteur PSY

(Proposé par Samnyasin-112445)

 

 

La question de savoir si on peut connaître rationnellement s'oppose et à la connaissance immédiate, caractérisée par la connaissance de l'être singulier, donnée par l'expérience (= connaissance du contingent : cela aurait pu être autrement, voire ne pas exister), et à la connaissance de l'entendement (= généralité, connaissance inductive).

Afin d'illustrer à quoi équivaut la connaissance rationnelle spéculative:

- « L'organisme animal se produit lui-même par son activité physique. »
- « L'homme se produit comme tel par la connaissance de soi. »

Les deux énoncés sont rationnels et portent sur le général, donc il y a un point commun avec la connaissance de l'entendement. Cependant, ce n'est pas une généralité donnée (pas d'association fixe entre objet et prédicat), mais un processus (activité d'auto-production).
La connaissance rationnelle s'intéresse à un objet mobile qui se transforme. Elle ne provient pas de l'expérience, car elle ne consiste pas en une généralisation d'observations particulières.
L'objet considéré dans la connaissance rationnelle se produit lui-même et s'inscrit lui-même dans l'expérience. Dans la connaissance d'entendement il y a une opposition entre l'objet connu et l'objet connaissant. On peut dire que l'opposition entre le sujet et l'objet est caractéristique de la connaissance d'entendement et est supprimée dans la connaissance rationnelle car la chose est à la fois subjective et objective. Ainsi, la connaissance rationnelle est la connaissance d'un fait et d'un faire (processus). Ce n'est donc pas un processus aveugle, mais le faire d'un sujet qui se saisit lui-même dans son faire. Il s'agit de la porte sur un moi qui n'est pas forcément un individu humain, mais un être qui se produit. Le principe de production est immanent et la conduction est légitime. La connaissance d'entendement fournit une connaissance pertinente, mais je ne sais pas pourquoi cela se passe et si c'est bon que cela se passe. De fait, la connaissance rationnelle fournit les causes. Elle traite de ce qui est pour soi et en soi contrairement à la connaissance d'entendement qui donne ce qui est en soi. Le « pour soi » renvoie à une raison intérieure.

Par exemple, l'homme est une totalité qui n'a cessé de se transformer et cela par lui-même (agent de se transformation). Toutefois, dans sa transformation il est est resté lui-même, et c'est en cela que l'homme est une totalité. De plus, l'humanité en général est, elle aussi, une totalité, car, pour Hegel, il y a une multiplicité de races humaines, mais toutes sont humaines. Il y a, à la fois, diversité géographique et, en même temps, dans l'Histoire, elle reste la même, c'est-à-dire l'humanité.
La connaissance postulée par l'entendement ne répond ni à la question « pourquoi? » ni a « Est-ce bon? ». Elle ne postule que des connaissances juxtaposées qui ne donnent lieu à aucune justification.

Selon Hegel, la connaissance d'une totalité est possible. Et c'est par là qu'il critique Kant pour lequel il n'y a pas de totalité donnée dans l'expérience, donc, selon lui, l'usage de la raison est seulement régulateur. La thèse maîtresse de Kant consiste à dire que l'usage de la raison est seulement régulateur et euristique et non pas constructif, en ce qu'aucune totalité peut être donnée.

Toutefois, cette affirmation réside en le fait que, pour Kant, la totalité équivaut à un épuisement des conditions ou, en d'autres termes, en une intégralité. Tandis que pour Hegel, la totalité n'est rien d'autre que la connaissance d'une forme d'organisation (Par exemple: Je connais l'homme quand je sais qu'il est la cause de sa propre évolution). Dès lors, le vrai savoir est un savoir absolu qui ne consiste pas à connaître une série infinie de choses, mais à connaître le réel comme rationalité en auto-transformation. En d'autres termes, savoir de cela n'est pas une connaissance surhumaine.

Afin d'opposer la connaissance rationnelle à ce qu'elle n'est pas, nous pouvons dire que:
-La connaissance immédiate n'est pas illusoire, mais bien superficielle. Quand je sais cela, je ne sais pas grand chose. C'est la connaissance originaire qui renvoie à nos besoins (cf: ici-maintenant), mais de façon faible. De fait, elle repose sur nos instincts et sentiments et, de plus, elle s'oppose en cela à la culture.

-La connaissance géniale (cf: génie) est pertinente, mais infondée car elle ne s'emploie pas dans le cadre d'un discours. C'est la connaissance naturelle. Hegel critique sans cesse la connaissance intuitive.

-La connaissance d'entendement est celle des savants et est insuffisante. De plus, elle répond à la question « pourquoi? », mais pas à celle du « pourquoi? » ultime. De fait, elle dépend des données de l'expérience et pour Hegel, cela est une carence et cela rend la pensée de l'entendement non autonome. Il s'agit, dès lors, d'une juxtaposition de connaissances partielles et d'une perte de la vie de la chose.

Hegel in Encyclopédie des sciences philosophiques: « Le chimiste introduit un morceau de viande dans sa cornue, le martyrise de multiples façons et le retrouve décomposé. Mais ces matières abstraites ne sont plus alors de la viande. »
« De même en médecine, quand le psychologue empirique décompose une action, selon les différents côtés [...], et ensuite maintient ferme ceci en sa séparation, l'objet traité analytiquement, peut être considéré comme un oignon auquel on enlève les peaux. »

Le savant, pour examiner un être vivant, commence par le tuer, afin de procéder à sa décomposition. En cela, la connaissance de l'entendement tue la vie.

Par ailleurs, les Mathématiques de sont pas fausses, mais les démonstrations mathématiques consistent en une série de propositions qui ne relient que la pensée du mathématicien et non pas l'objet empirique. De fait, l'objet n'est pas actif: Il exhibe ni les raisons de ses propriétés, ni les propriétés elles-mêmes.

En revanche, pour Hegel, connaître rationnellement équivaut à voir un processus total d'auto-déploiement. Ainsi, il marque l'insuffisance d'un certain type de connaissance. Le modèle de la rationalité est la vie organique car cette dernière peut être le lieu d'une totalité en un auto-déploiement. De plus, la totalité s'inscrit elle-même dans l'expérience car elle la faire exister [l'expérience]. De fait, la connaissance rationnelle chez Hegel concerne un tout en développement dans le temps.

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Publié dans Philosophie

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