Kant (1) - Philosophie morale

Publié le par Secteur PSY

(Par Callaghan)

 

 

Plutôt qu'un long et fatigant exposé plein de termes techniques, essayons d'aborder la morale kantienne à partir d'un exemple. Prenons ainsi un cas-limite évoqué dans la Métaphysique des moeurs : je cache chez moi un homme poursuivi par des malfaiteurs. Ceux-ci se présentent à ma porte, et me demandent si le bonhomme en question se trouve chez moi. Je sais qu'ils ne nourrissent pas à son égard les plus tendres sentiments. Que dois-je donc répondre ?

N'importe qui dira : "Non, il n'y est pas," et sauvera du même coup la vie du type.

N'importe qui, mais pas Kant : lui, il ne ment pas. Ni au vendeur qui se trompe en lui rendant la monnaie sur sa baguette le dimanche matin, ni aux malfaiteurs mal intentionnés. Mais pourquoi donc ?

Reprenons un peu le raisonnement effectué par Kant pour en arriver à cette morale aussi... intransigeante. La démarche du philosophe dans ses Fondements de la métaphysique des mœurs et sa Critique de la raison pure est celle de l'élaboration d'une morale universelle, qui soit valable pour tous et en toutes circonstances : introduire de la relativité dans la loi morale, c'est en saper les fondements, pour Kant. Deux éléments capitaux pour bien saisir le mouvement de la pensée : d'une part, ce qui détermine l'action, ce qui lui confère son caractère bon ou mauvais, c'est la volonté du sujet, conçue comme autonome ; d'autre part, tout recours à une détermination sensible pour cette volonté équivaut à introduire de la relativité. La voie est toute tracée pour la formulation de l'impératif catégorique, qui fait office de loi morale :

"Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d'une législation universelle." Kant ajoutera ensuite : ''Agis de telle sorte que tu considères toujours autrui comme une fin en soi et non comme un moyen.''

Il faut tout de même se représenter le progrès accompli : pour la première fois, est formulée une éthique rigoureusement rationaliste, hors de portée des ratiocinations sur la valeur du souverain Bien, objet des étiques traditionnelles. Le bonheur, Kant s'en tamponne, et seulement ainsi peut-il fonder une éthique véritablement universelle.

Revenons maintenant à notre situation de départ : pourquoi ne pas mentir aux malfaiteurs ? Le problème est en fait posé de façon fausse : je ne dois, répondre à la question "que faire ?" uniquement me considérer comme un être rationnel face à d'autres êtres rationnels. Les appeler "malfaiteurs" et faire peser dans la balance de mon jugement ce que ces hommes vont faire en conséquence de mon action, c'est introduire une considération sensible, c'est me soustraire à l'impératif catégorique : c'est être immoral.

On voit donc ici une des faiblesses de la rhétorique kantienne : son impératif catégorique contraint chacun vis-à-vis de lui-même, puisqu'il se base sur l'autonomie de la volonté du sujet. Malgré sa prétention à l'universalité, je ne puis être responsable que devant moi-même, puisque j'embrasse ma propre loi. Un type meurt parce que j'ai respecté la loi morale ? Pas mon problème, semble dire Kant.

Et vous, PSYtoyens, trahiriez-vous le pauvre bougre ? Pensez-vous que sa morale soit trop rigoriste, ou au contraire, qu'elle soit le fondement nécessaire d'une société juste ?

Publicité

Publié dans Philosophie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article